L'autruche et les trois singes

 


L'autruche a si petite tête
Qu'il lui faut faire des efforts
Pour captiver, les jours de fête,
Les curieux entourant son corps.

On veut bien saluer ses oeufs
Dont le diamètre est formidable
Mais son petit crâne, ses yeux,
Sont assurément négligeables.

Moqueurs, les trois frères primates
Rient entre eux du grand animal :
« Voilà, parole, un cul sur pattes
Avec un cou de caporal. »

L'autruche a bonne ouïe
Plonge sa tête dans le sable
Pour oublier ces railleries
D'une manière confortable,

Puis gratte furieusement
Le sol pour bien éclabousser
De boue les jeunes chenapans
Qui n'aiment pas sa société.

Tous trois poussent des cris stridents :
« La "capo'-autruche" a le mal
Vissé au corps c'est évident
Quelle impudeur, c'est infernal ! »

Le vacarme est tel que le lion
De loin a été réveillé
Il grogne avec application
Interroge les insurgés.

Et là, tous trois, comme un seul homme,
Bouchent leurs yeux et leurs oreilles,
Leurs lèvres d'un trognon de pomme,
Statues de chair toutes pareilles...

Le lion un jour sera repu
De ces disputes névropathes,
- S'il n'est pas sourd à leurs abus,
Les exilera aux Carpates.


Auteur: M. Kissine

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